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Centre d'Études Marie-de-l'Incarnation

Marie-de-l'incarnation

Colloque annuel 2007

13 juin 2007

 

L’horizon des âmes : l’entrée en mission.  Multiplicité et fécondité des accompagnements

 

. Mot d’accueil                                                                                                                                          Programme

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Problématique 

Durant la présente année, nous avons travaillé à partir de textes de la relation autobiographique dans lesquels Marie de l’Incarnation parle de ce qu’elle a vécu entre la vision du Canada et ses premières années dans le Nouveau Monde (circa 1633–1643). Le Comité scientifique avait suggéré comme thématique générale de l’année « L’horizon des âmes : l’entrée en mission ». Après avoir traité du thème « L’Esprit qui m’agissait » (Rimouski, le 27 octobre), nous avons abordé « En venir aux actes effectifs » (1er décembre). Le séminaire suivant s’est articulé autour « Des premiers fruits aux premières croix » (2 février) et le dernier a ouvert sur « De l’aigreur à la paix retrouvée : “On goûte les fruits de la croix sans sortir de la croix” » (30 mars).

 

Nous allons profiter de notre colloque du 13 juin pour ressaisir et approfondir certains éléments de synthèse ou certaines pistes de réflexion qui se dégagent de cette année. Nous avons résolu de conserver comme thématique générale du colloque celle qui nous a suivis tout au long de ce parcours, soit : « L’horizon des âmes : l’entrée en mission ». En sous-thème, nous proposons « Multiplicité et fécondité des accompagnements ». Nous voulons par là attirer l’attention sur deux aspects en particulier. D’une part, en retraçant le récit de Marie de l’Incarnation sur cette période de sa vie, nous constatons qu’il y a, en effet, à chaque moment des formes variées d’accompagnement qui contribuent à la faire advenir à son identité de sujet marqué du sceau de l’Esprit de Dieu. Il y a ses supérieures et son confesseur qui ont un accompagnement d’autorité, il y a ses consœurs qui l’accompagnent et qu’elle accompagne sur le plan communautaire, il y a son fils et sa famille qui l’accompagnent et qu’elle accompagne sur un plan familial, il y a ses compagnes et ses compagnons de voyage avec qui elle vit des étapes extrêmes de traversée, il y a les habitants de ce Nouveau Monde, et en particulier les jeunes filles « sauvages », qu’elle accompagne et dont elle est accompagnée au cœur de son travail apostolique. Or, tous ces accompagnements sont divers, complexes, réciproques et incontournables. Si certains sont parfois libérateurs, d’autres fois, ils peuvent être douloureux et inquiétants. C’est par eux, toutefois, ou à travers eux, que semble se profiler et se défricher un horizon des âmes qui révèle à chacun son identité et sa mission d’être humain, de fils de Dieu et de partenaire de la construction du royaume.

 

Ces accompagnements ont en commun de dévoiler l’horizon des âmes. Ils dévoilent cet horizon comme un niveau de profondeur de la personne humaine, le niveau où se vit la rencontre de Dieu, et aussi comme un niveau d’existence où la personne peut être agie et où elle peut aussi agir. En s’inspirant de Luigi M. Rulla (Anthropologie de la vocation chrétienne, Outremont, Carte blanche, 2002, p. 233-235), on pourrait dire qu’il y a une capacité de l’âme active. Celle-ci peut se développer et prendre de plus en plus de consistance. Mais il y a aussi une capacité de passivité : l’âme est agie par la grâce, et c’est cela même qui lui donne ce qu’il faut pour qu’elle choisisse librement de croire. Autrement dit, elle peut accepter de croire à partir de ce qu’elle est dans son origine même — c’est-à-dire ouverte à la transcendance — et dans la grâce qu’elle reçoit du transcendant.

 

On touche ici à une dynamique de l’accompagnement qui met sans cesse en dialogue dans l’horizon de l’âme. Cette dynamique est infléchie par un dialogue accompagnateur initié par la grâce. Elle est également mise en pratique en raison des capacités et de la volonté des personnes. Une telle dynamique constitue en quelque sorte le cœur de la mission : révéler au monde le mystère inné et fécond que recèle son âme.

 

Raymond Brodeur, professeur                                                                                                        Responsable scientifique du CÉMI